Elle ouvrit la porte du placard, en bois, simple, sans décoration somptueuse. Un battant central de verre légèrement gravé, sans prétention. Il y avait une odeur de savon presque effacée qui flottait dans l’air, ni parfum, ni fraîcheur, rien de chaleureux, rien d’agréable.
D’abord ce fut la fondation du temple. Un saladier, elle le déposa sur le plan de travail, et le nappa de poussière blanche. Une fine couche de neige saupoudra le pourtour du saladier sans bruit.
Une douceur jaune de graisse tomba dans le saladier. Brasser, remuer, mélanger, jusqu’à ce qu’une belle réunion se forme. Une pluie de sucre la rejoignit, puis un œuf. Quelques gouttes de vanille imprégnèrent lentement la pâte comme une promesse de rêve. À ce moment-là, la fondation fut prête pour que le temple se lève en entrant dans la chaleur pour subir l’épreuve d’Héphaïstos.
Elle arriva à l’érection des murs du château, qui naquit d’un même geste, mais plus élevé, au-dessus des petites colonnes d’un noir cacaoté du temple. Le temple surélevé de son château fut posé sur un carré de carton bleu.
Sous la caresse de la spatule, la crème prit forme délicatement. Elle y mêla la vanille, qui approfondit encore davantage la douceur. À gauche, à droite, au-dessus, et elle répéta couche après couche, la douce et crémeuse Vénus semblait vouloir recouvrir la violence d’Hephaïstos, adoucir et faire oublier la rudesse de l’épreuve de feu.
Constellant d’étoiles en papier doré la petite niche du temple, l’ornant de raisins, d’amandes et de quartiers d’oranges. Sur le sommet du château, quelques pétales de rose et de violette vinrent se poser et un bleu fragile de bourrache vint ponctuer l’harmonie des couleurs comme un souvenir et retenait le regard.
Enfin, la touche finale fut déposée comme un lac de confiture. Dans ce lac, la pêche s’imposait, portait le bouquet principale, adoucie par la présence discrète de la vanille.
Elle regarda le pourtour du gâteau, un gâteau qui portait toutes ses aspirations lumineuses, ses dessins étincelants et ses rêves scintillants ; peut-être, un peu de vanité aussi.
Dans un ultime geste, le mascarpone fouetté et les épices chai se glissèrent comme un souffle vital amer, apportant un calme intérieur et apaisant cette ivresse de douceur.
Il me semble que chai est en harmonie avec la vanille.



